Pouvoir d’Oligui Nguema au Gabon : la CNR dénonce des « mensonges d’État » et peint une nation en péril
Réunie ce samedi à Libreville, la Coalition pour la nouvelle république (CNR) et des partis politiques alliés ont dressé un tableau sévère de la gouvernance de Brice Clotaire Oligui Nguema. Lors d’une conférence de presse consacrée à « l’état de la nation », la plateforme a estimé que l’espoir né du 30 août 2023, au lendemain de la prise de pouvoir du CTRI, a laissé place à des pratiques jugées contraires aux promesses de rupture. La CNR rappelle que la présidentielle gabonaise du 26 août 2023 avait été proclamée, selon elle, dans des « conditions troublantes ». Près de trois ans après, elle affirme que le système combattu aurait été reproduit, voire aggravé.
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Porte-parole de circonstance, Benoît Mouiti Nzamba a accusé le pouvoir d’avoir érigé la contre-vérité en méthode. « Ce qui était hier une crainte est aujourd’hui une réalité documentée, caractérisée par des mensonges d’État érigés en mode de gouvernance ». Dans la même déclaration, la coalition a ajouté : « L’inhumanité, le machiavélisme, le cynisme, l’amateurisme et l’autocratie sont autant d’états de fait servis au peuple ». La CNR soutient avoir alerté « dès ce 2 février 2024 » sur des dérives liées, selon elle, aux « dialogues dits inclusifs », au référendum constitutionnel, aux codes électoraux et aux scrutins organisés. Elle affirme que ces signaux sont restés « sans écho ».
Emploi, crédit, dette : le cœur des griefs
Sur le front social, la coalition met en avant la question de l’emploi des jeunes, qu’elle présente comme un engagement central non tenu. Elle cite une formule attribuée au chef de l’exécutif : « Mon seul adversaire, c’est le chômage des jeunes ». Elle rappelle aussi une annonce faite dans le message à la nation du 31 décembre 2024, évoquant « 163 000 emplois » attendus de grands chantiers, dont Belinga-Mayumba, le port en eau profonde de Mayumba et le barrage hydroélectrique de Oué. À ce jour, dit-elle, « aucun retour » n’a été observé sur les recrutements annoncés, malgré « 140 000 dossiers » déposés par des jeunes. Elle critique enfin la Banque de crédit pour l’entrepreneuriat gabonais (BCELG), qualifiée de « parcours du combattant ».
Les griefs de la CNR à la gouvernance Oligui Nguema :
| Axe de griefs (CNR) | Ce que la CNR reproche | Exemples/éléments cités dans la déclaration |
|---|---|---|
| « Mensonges d’État » | Promesses non tenues et communication jugée trompeuse | Emploi des jeunes annoncé ; promesses d’intégration à la fonction publique ; absence de retours malgré des dossiers déposés |
| Emploi des jeunes | Chômage persistant, promesses « en fumée » | Citation attribuée au chef de l’exécutif sur le chômage ; annonce de « 163 000 emplois » liés à Belinga-Mayumba, port de Mayumba et barrage d’Oué ; réduction des effectifs dans le privé |
| Accès au crédit (BCELG) | Dispositif jugé inefficace et dissuasif | Banque de crédit pour l’entrepreneuriat gabonais décrite comme un « parcours du combattant » |
| Dette publique | Endettement jugé excessif, sans bénéfices visibles | Dette présentée comme croissant sans investissements structurants ; référence à une trajectoire 56,7 % (fin 2023) puis projections attribuées à Fitch Ratings (80,4 % en 2026 ; 87 % en 2027) |
| Train de vie de l’État | Dépenses de fonctionnement jugées trop élevées | Budgets d’institutions en hausse ; rémunérations de certains corps ; fondations de proches évoquées comme « budgétivores » |
| Dégradation des services publics | Pays décrit comme « à l’arrêt » | Formule « pays de coupé-coupé » : eau, électricité, bourses, routes, école, travail, réseaux sociaux |
| Enseignants | Promesses de régularisation non tenues | Stagiaires non titularisés, « présalaires » ; protocoles d’accords sans effets ; justification par « soucis techniques » qualifiée de « mensonge d’État » |
| « Affaire Nazi » | Annonce d’extradition jugée mensongère | Extradition annoncée, jamais réalisée ; argument que le Liban n’extrade pas ses ressortissants |
| Vie chère / inflation | Hausse des prix sans régulation efficace | Riz, pain, carburants et produits de base ; mesures de contrôle des prix jugées non suivies d’effets |
| Fiscalité/importations | Facteurs structurels de l’inflation | Faible production locale ; taxes à l’importation jugées « exorbitantes » |
| CK Gaddis / distribution | Suppression d’une subvention et effets sociaux | Fermetures de magasins ; chômage ; crainte d’un « grand remplacement » du commerce de proximité |
| Centrale d’achat annoncée | Manque de clarté et risque de gouvernance | « Nébuleuse » en création ; soupçon d’un État minoritaire au capital |
| Déguerpissements | Expropriations jugées brutales et illégales | Opérations dans le Grand Libreville et en province ; absence de préavis raisonnable et de décret d’utilité publique ; situation des déguerpis citée |
| Protection sociale (CNSS/CNAMGS) | Crise de gouvernance et accès aux soins dégradé | Remboursements suspendus ou réduits ; hôpitaux manquant de moyens ; refus de prise en charge ; coût du transport sanitaire (70 000 FCFA la course mentionné) |
| Intimidations et arrestations | Climat de peur contre les voix critiques | Convocations, arrestations et détentions visant syndicalistes, opposants, journalistes et citoyens, selon la CNR |
| Pluralisme politique | Affaiblissement organisé de l’opposition | Menaces de dissolution de partis ; procédures judiciaires jugées politiques ; pressions sur des leaders d’opinion |
| Presse indépendante | Pressions économiques et administratives | Retrait de publicité officielle ; convocations ; menaces sur les agréments ; répression d’activistes mentionnée |
| Réseaux sociaux / HAC | Restriction jugée anticonstitutionnelle | Suspension en février 2026 ; rappel de l’article 14 ; contestation de la compétence de la HAC pour une mesure générale |
| Risque de parti unique | Soupçon de verrouillage politique | Volonté prêtée au pouvoir d’ériger l’UDB en parti dominant/unique |
| Étudiants boursiers à l’étranger | Détresse sociale et administrative | Retards et difficultés ; isolement ; risques psychosociaux évoqués |
| Budget 2026 | Hypothèses jugées irréalistes et priorités contestées | Recettes pétrolières jugées trop optimistes ; dépenses de gré à gré ; investissements jugés non prioritaires (immeubles « futuristes ») |
| Priorités budgétaires | Dépendance à la sécurité au détriment du social | Budget de la défense présenté comme très élevé, derrière la présidence, au détriment de secteurs vitaux (santé, éducation, logement, bourses) |
| Gouvernance administrative | Redondances et inefficacité | Multiplication de structures administratives « redondantes » pour des équilibres internes, selon la CNR |
La CNR dénonce également un endettement « sans contrepartie » et s’appuie sur des chiffres cités dans sa déclaration : une dette arrêtée à 56,7 % du PIB fin 2023, et une projection attribuée à Fitch Ratings de 80,4 % en 2026 puis près de 87 % en 2027. Selon elle, cette hausse ne se traduit pas par des investissements structurants ni par une amélioration tangible des conditions de vie. Pour illustrer le malaise, la coalition reprend une formule attribuée aux internautes : « Le Gabon est devenu un pays de coupés-coupés. L’eau coupée, l’électricité coupée, la bourse des élèves et étudiants coupée, les routes coupées, l’école coupée, le travail coupé, les réseaux sociaux coupés ». Elle cite aussi la situation des enseignants, évoquant des régularisations promises mais non réalisées, et qualifie les « soucis techniques » invoqués d’ « énième grossier mensonge d’État ».
Vie chère, déguerpissements, couverture sociale : l’axe social durci
La coalition affirme que la transition a aggravé la vie chère et l’inflation, sans mesures de régulation jugées efficaces, citant la hausse des prix du riz, du pain, des carburants et des produits de première nécessité. Elle évoque également la suppression d’une subvention et ses effets sur le groupe CK Gaddis, qu’elle associe à des fermetures de magasins et à une montée du chômage. Dans le même temps, elle dit s’inquiéter d’une « centrale d’achat » annoncée, dont « les tenants et aboutissants » resteraient flous, et appelle à la vigilance sur sa gouvernance.
L’intégralité de la déclaration d’hier de la CNR
Sur le volet urbain, la CNR dénonce des « déguerpissements forcés » dans des quartiers du Grand Libreville et dans certaines villes de province, citant notamment Mendong, Ntoum et Port-Chanty. Elle affirme que des familles auraient été expulsées sans préavis raisonnable ni présentation de décret d’utilité publique, et évoque la situation de déguerpis du carrefour SNI. Sur la couverture sociale, elle décrit une crise de gouvernance à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et à la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS), avec des remboursements suspendus ou réduits et des difficultés d’accès aux soins.
Libertés publiques : la HAC et l’appel au front commun
Sur le terrain politique, la coalition accuse les autorités de pressions contre syndicalistes, opposants, journalistes et citoyens critiques, et pointe un recul des libertés publiques. Elle vise particulièrement la Haute Autorité de la communication (HAC) après la suspension des réseaux sociaux en février 2026, qu’elle juge anticonstitutionnelle, en rappelant l’article 14 de la constitution sur l’accès à l’information et la liberté d’expression. La CNR soutient que de telles restrictions ne peuvent intervenir que dans un cadre exceptionnel, encadré par décret présidentiel et l’état d’urgence, conformément à la constitution.
Selon la mise à jour présentée hier, la Coalition pour la nouvelle république (CNR) se compose de 7 partis : l’Union pour la République et le Développement du Peuple (URDP), dirigée par le Pr Vincent Moulengui Boukossu ; le Parti gabonais du progrès (PGP), de Benoît Mouiti Nzamba ; le Congrès pour la démocratie et la justice (CDJ), de Séné Ingouenza ; le Parti social-écologiste (PSE), de Francis Hubert Aubame ; le Parti national pour le travail et le progrès (PNTP), de Jean-Rémy Yama ; l’Alliance pour le changement et le renouveau (ACR), de Bruno Ben Moubamba ; et le Parti pour le développement national (PDN), de Pierre Mapiga. Elle compte 2 partis alliés : Ensemble pour le Gabon (EPG), d’Alain Claude Bilie-By-Nze, et Réagir, de Michel Ongoundou.
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