Cherté de la vie : Le Gabon se hisse 6e des pays d’Afrique où l’électricité est la plus chère
Le Gabon figure parmi les nations du continent où la facture d’électricité pèse le plus lourd sur le portefeuille des usagers malgré les délestages. Selon le classement 2025 réalisé par Sika Finance portant sur un échantillon de 33 pays, rapporté ce vendredi par l’AGP, le Gabon occupe le 6e rang africain des tarifs les plus élevés. Avec un coût moyen chiffré à 0,205 dollar par kilowattheure (USD/kWh), soit environ 124 FCFA, cette situation particulièrement préoccupante a été largement débattue lors de la 10e édition du Marché africain de l’énergie (AEMP), qui s’est tenue cette semaine à Libreville.
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Pour expliquer cette tarification onéreuse, les experts pointent du doigt plusieurs faiblesses structurelles, au premier rang desquelles figure la méthode de production. Le pays souffre en effet d’une très forte dépendance au gaz et au diesel pour alimenter ses centrales. Ces sources d’énergie thermiques s’avèrent non seulement très coûteuses à l’exploitation, mais elles demeurent également soumises à une forte volatilité des prix sur le marché international, impactant inévitablement l’équilibre financier du secteur.
Une fracture territoriale et des failles opérationnelles majeures
À cette dépendance aux hydrocarbures s’ajoute une fracture territoriale extrêmement marquée, causée par la fragmentation du réseau électrique national. Si les statistiques officielles affichent un taux d’accès global à l’électricité de 94 % au niveau national, ce chiffre masque une réalité bien plus sombre dans l’arrière-pays. En zone rurale, l’accès à l’énergie s’effondre à seulement 29 %, laissant de nombreuses populations dans l’obscurité face à un coût de raccordement initial jugé exorbitant pour les ménages modestes.
Le classement de ces 33 pays :
| Rang | Pays | Tarif moyen (USD/kWh) | Tarif estimé (FCFA/kWh)* |
|---|---|---|---|
| 1 | Cap-Vert | 0,328 | 198 |
| 2 | Sierra Leone | 0,227 | 137 |
| 3 | Kenya | 0,220 | 133 |
| 4 | Mali | 0,218 | 132 |
| 5 | Burkina Faso | 0,206 | 125 |
| 6 | Gabon | 0,205 | 124 |
| 7 | Rwanda | 0,201 | 122 |
| 8 | Togo | 0,194 | 117 |
| 9 | Afrique du Sud | 0,192 | 116 |
| 10 | Sénégal | 0,182 | 110 |
| 11 | Ouganda | 0,171 | 103 |
| 12 | Namibie | 0,137 | 83 |
| 13 | Maurice | 0,134 | 81 |
| 14 | Ghana | 0,132 | 80 |
| 15 | Madagascar | 0,129 | 78 |
| 16 | Côte d’Ivoire | 0,129 | 78 |
| 17 | Mozambique | 0,127 | 77 |
| 18 | Eswatini | 0,123 | 74 |
| 19 | Maroc | 0,119 | 72 |
| 20 | Lesotho | 0,103 | 62 |
| 21 | Botswana | 0,094 | 57 |
| 22 | Tanzanie | 0,091 | 55 |
| 23 | Malawi | 0,087 | 53 |
| 24 | Cameroun | 0,083 | 50 |
| 25 | Tunisie | 0,067 | 41 |
| 26 | RD Congo | 0,063 | 38 |
| 27 | Algérie | 0,040 | 24 |
| 28 | Nigéria | 0,036 | 22 |
| 29 | Egypte | 0,024 | 15 |
| 30 | Zambie | 0,023 | 14 |
| 31 | Angola | 0,015 | 9 |
| 32 | Soudan | 0,010 | 6 |
| 33 | Ethiopie | 0,006 | 4 |
La Banque mondiale, qui s’est penchée sur le dossier énergétique gabonais, souligne également une distribution jugée peu fiable et plombée par de graves lacunes opérationnelles. À l’insuffisance de la production s’ajoutent des pertes commerciales colossales sur l’ensemble du réseau. L’opérateur historique fait constamment face à des difficultés chroniques de recouvrement des recettes, un manque à gagner structurel qui fragilise grandement les investissements nécessaires à la maintenance et à la modernisation des infrastructures vieillissantes.
Un déficit alarmant face à des visions stratégiques divergentes
Conséquence directe de ces dysfonctionnements en chaîne, le déficit énergétique gabonais continue de se creuser dangereusement au fil des mois. Autrefois estimé à 285 mégawatts (MW) en 2023, ce manque criant de puissance installée se situe désormais dans une fourchette alarmante comprise entre 355 et 360 MW. Ces chiffres récents, communiqués en toute transparence par le ministre de l’Énergie, Philippe Tonangoye, illustrent l’urgence d’une situation qui freine considérablement le confort des ménages et l’ambition d’industrialisation du pays.
Pour sortir de cette impasse énergétique, l’augmentation rapide des capacités de production est devenue un impératif national, bien que les stratégies d’approche divergent. D’un côté, le gouvernement gabonais prévoit à court et moyen terme la construction de plusieurs nouvelles centrales à gaz pour combler rapidement le déficit actuel. De l’autre, la Banque mondiale préconise de privilégier massivement l’hydroélectricité, reléguant le gaz au rang de simple solution de transition, tout en recommandant fortement le déploiement de l’énergie solaire pour électrifier durablement les zones rurales isolées.
Un lourd désavantage compétitif au sein de l’Afrique centrale
L’analyse détaillée de ce classement régional révèle un contraste saisissant entre le Gabon et d’autres pays voisins d’Afrique centrale. Alors que Libreville affiche un tarif prohibitif de 0,205 USD/kWh (environ 124 FCFA), ses voisins bénéficient d’une énergie nettement plus abordable. À titre de comparaison, le Cameroun (24e du classement) propose un tarif moyen de 0,083 USD/kWh (soit 50 FCFA), tandis qu’en République Démocratique du Congo (26e), le coût s’établit à seulement 0,063 USD/kWh (environ 38 FCFA).
L’électricité gabonaise est donc plus de deux à trois fois plus chère que celle de ces pays limitrophes. Ce grand écart tarifaire constitue un véritable goulot d’étranglement pour l’économie nationale. Pour les investisseurs et le tissu industriel local, le poids exorbitant de la facture énergétique gabonaise pèse lourdement sur les coûts de production, rendant le pays structurellement moins compétitif et moins attractif sur ce plan que ses partenaires de la sous-région.
@info241.com
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