Gabon : Le toujours lourd tribut des femmes face aux violences malgré l’arsenal juridique
Malgré la multiplication des campagnes de sensibilisation, les violences faites aux femmes demeurent une plaie béante au Gabon. En cette Journée internationale des droits des femmes célébrée ce dimanche 8 mars, le thème mondial « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles » résonne comme un appel à l’urgence. Si l’arsenal législatif se muscle continuellement, la réalité du terrain peine encore considérablement à suivre le rythme des réformes institutionnelles.
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Le pays a pourtant franchi des étapes historiques sur le plan du droit, notamment avec la promulgation de la loi n°006/2021. Ce texte consacre l’égalité stricte entre les genres, allant de l’accès à la propriété au statut familial, tout en durcissant les peines liées aux violences basées sur le genre. Sur le papier, la femme gabonaise n’a jamais bénéficié d’une protection aussi étendue par les instances de la République.
Le mur infranchissable des réalités sociales
Cependant, le cadre légal se heurte violemment au poids des mentalités et des traditions. Les stéréotypes sexistes, encore profondément ancrés dans la société, continuent de freiner l’ascension professionnelle des travailleuses et d’alimenter un climat généralisé de vulnérabilité. Le droit moderne peine à déconstruire des décennies de pratiques patriarcales intériorisées.
Un visuel du PNUD Gabon
Cette résistance sociétale s’observe de manière flagrante dans la sphère publique et décisionnelle. Même en politique, le fameux plafond de verre persiste avec une résilience tenace. En dépit de l’instauration de quotas visant à favoriser la parité, la représentation féminine au sein du Parlement stagne désespérément aux alentours de 15 %.
Des statistiques accablantes et un appel à l’action
Sous le vernis des avancées juridiques, les données publiées en 2024 par le ministère des Affaires sociales révèlent une situation d’une extrême gravité. Le silence, souvent imposé par la pression familiale, dissimule une violence endémique : 90 % des femmes interrogées déclarent avoir subi des violences sexuelles, 83 % sont victimes de violences économiques et 64 % ont été confrontées à des violences physiques. Le constat ministériel est sans appel, estimant que près de 89,9 % des Gabonaises ont subi une forme de violence au cours de leur existence.
Si l’interdiction formelle du mariage précoce et l’accès théorique aux soins reproductifs constituent des victoires indéniables, elles demeurent insuffisantes face à l’ampleur systémique du fléau. Pour que ce 8 mars dépasse le simple stade de la commémoration de façade, le défi de cette année est limpide : il est impératif de transformer ces textes en boucliers concrets et de briser définitivement la loi de l’omerta qui protège les agresseurs.
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