100 jours du gouvernement : Immongault défend le cap mais confesse le poids des lenteurs administratives
L’exercice est devenu un test de méthode autant qu’un exercice de vérité politique. Dans une longue interview accordée ce jeudi 21 mai au quotidien L’Union, Hermann Immongault, vice-président du gouvernement, est revenu sur le rapport d’évaluation des 100 premiers jours de l’action gouvernementale, remis le 19 mai au président Brice Clotaire Oligui Nguema. Entre volonté d’accélérer les réformes, reconnaissance des blocages administratifs et promesse d’une culture du résultat, l’ancien ministre de l’Intérieur tente de convaincre que l’exécutif n’est plus dans l’annonce, mais dans le suivi serré de ses engagements.
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Hermann Immongault présente d’abord cette évaluation comme une exigence directement liée aux orientations du chef de l’État. « Naturellement, tout s’apprécie par l’action gouvernementale. Mais le chef de l’État a donné des instructions fermes afin d’accélérer l’exécution des projets et renforcer davantage la culture de performance au sein de l’administration », explique-t-il. Le rapport remis au président de la République vise donc, selon lui, à mesurer l’état réel d’avancement des chantiers, à identifier les blocages et à corriger la trajectoire lorsque les résultats ne suivent pas le rythme attendu.
Une évaluation pensée comme instrument de gouvernance
Pour le vice-président du gouvernement, les 100 jours ne doivent pas être lus comme un simple bilan de communication. L’exercice doit servir à vérifier l’exécution des priorités, à apprécier l’efficacité des ministères et à imposer une discipline de suivi à l’ensemble de l’appareil public. « Il est impératif de fixer le cap, avec des échéances structurées », insiste-t-il, en soulignant la nécessité de passer d’une logique d’intentions à une logique de résultats concrets.
Hermann Immongault sur les 100 jours du gouvernement :
| Axe abordé | Citation ou propos rapporté | Ce que défend Hermann Immongault | Lecture politique |
|---|---|---|---|
| Sens de l’évaluation | « Naturellement, tout s’appelle par l’action gouvernementale. Mais le chef de l’État a donné des instructions fermes afin d’accélérer l’exécution des projets. » | Le vice-président du gouvernement présente l’évaluation comme une exigence directement liée aux orientations du chef de l’État. | L’exécutif veut montrer que les 100 jours ne sont pas un exercice de communication, mais un outil de pilotage. |
| Remise du rapport | « Le rapport d’évaluation des 100 jours lui a été remis. » | Le bilan a été formalisé et transmis au président Brice Clotaire Oligui Nguema. | Le gouvernement cherche à institutionnaliser le suivi de l’action publique. |
| Coordination gouvernementale | « Il est impératif de fixer le cap, avec des échéances structurées. » | Immongault insiste sur la nécessité de mieux organiser l’action des ministères autour d’objectifs précis. | Le message vise les ministres : chaque département devra répondre de ses engagements. |
| Culture du résultat | « On insiste sur la culture du résultat. Comment cette exigence se traduit-elle concrètement ? » | L’interview met en avant une logique de performance et d’évaluation continue. | Le gouvernement veut rompre avec la culture des annonces sans exécution mesurable. |
| Suivi des politiques publiques | « L’évaluation ne se décrète pas, elle s’organise et se déploie de manière proactive. » | Immongault défend une évaluation structurée, fondée sur des indicateurs et des délais. | Le gouvernement tente de professionnaliser le contrôle de l’action publique. |
| Matérialisation des instructions présidentielles | « Nous avons tenu à rompre avec la posture d’un simple compte passif ou a posteriori. » | Il affirme que l’évaluation doit accompagner l’action, et non simplement la constater après coup. | L’exécutif veut apparaître plus réactif et moins bureaucratique. |
| Proximité avec les ministères | « Nous avons structuré nos équipes pour agir comme une véritable task force de la performance publique. » | Le vice-président du gouvernement dit suivre les départements ministériels de manière plus rapprochée. | L’objectif est d’éviter que les feuilles de route restent théoriques. |
| Accompagnement des ministres | « Concrètement, nous avons mis en place un véritable dispositif d’accompagnement rapproché. » | Les ministères sont censés être suivis pour lever les blocages et accélérer les projets. | Immongault veut installer une logique de supervision active depuis la vice-présidence du gouvernement. |
| Blocages administratifs | « Nous prenons immédiatement l’initiative de réunir les acteurs concernés pour opérer les arbitrages nécessaires. » | Il reconnaît l’existence de blocages, mais affirme que des mécanismes de résolution sont mis en place. | Le gouvernement veut corriger l’image d’une administration lente et cloisonnée. |
| Transformation locale | « Nous sommes nous-mêmes en avance sur plusieurs questions, mais il ne suffit pas de fixer des ambitions. » | Le vice-président du gouvernement rappelle que les annonces doivent être suivies d’une stratégie concrète. | L’exécutif tente de transformer les objectifs politiques en résultats opérationnels. |
| Délai des réformes | « Certaines réformes sont en cours de déploiement et nécessitent des délais administratifs incompressibles. » | Il justifie certains retards par la complexité technique et administrative des dossiers. | L’argument vise à tempérer l’impatience de l’opinion, sans abandonner l’exigence de résultats. |
| Électricité et eau | « Les populations ont mal à cerner vos responsabilités, notamment concernant l’action gouvernementale. » | Les secteurs essentiels restent au centre des préoccupations populaires. | L’eau et l’électricité demeurent les tests les plus visibles de l’efficacité gouvernementale. |
| Effets visibles pour les populations | « Nous devons produire des résultats visibles pour les populations. » | Immongault reconnaît que les indicateurs internes ne suffisent pas. | Le vrai bilan se jouera dans le quotidien des ménages, pas seulement dans les rapports administratifs. |
| Impact social | « Plusieurs points d’attention ont toutefois été soulevés (…) sur l’impact social que revêt la matérialisation de cette feuille de route. » | Le vice-président du gouvernement rappelle que les résultats doivent toucher les populations. | Le gouvernement ne pourra convaincre que si les réformes améliorent réellement la vie quotidienne. |
| Message général | « L’évaluation est essentielle pour savoir si l’action publique produit les effets attendus. » | Immongault cherche à installer une gouvernance par le suivi et la preuve. | Le discours est cohérent, mais le gouvernement sera désormais jugé sur la matérialisation de ses promesses. |
Cette approche se veut aussi une rupture avec les pratiques administratives classiques. Hermann Immongault affirme que le gouvernement entend installer une évaluation permanente, et non un contrôle tardif ou purement formel. « L’évaluation ne se décrète pas, elle s’organise et se déploie de manière proactive », soutient-il. Pour lui, la vice-présidence du gouvernement doit agir comme un centre de coordination, capable de suivre les départements ministériels, d’anticiper les difficultés et d’alerter lorsque les engagements risquent de ne pas être tenus.
Une « task force » pour traquer les blocages
L’un des points forts de l’entretien porte sur la coordination de l’action gouvernementale. Hermann Immongault explique que son cabinet a mis en place un dispositif d’accompagnement rapproché pour aider les ministères à exécuter leurs feuilles de route. L’objectif est d’éviter que les dossiers ne restent bloqués dans les circuits administratifs, faute d’arbitrage, de coordination ou de remontée rapide des difficultés.
Quelques élements du bilan général
| Logement | 1 394 logements en construction, dont 500 lancés. | Le gouvernement revendique des avancées dans la production de logements. | Ce secteur peut servir de vitrine sociale si les logements sont effectivement livrés. |
| Foncier | 13 174 décisions de cession établies en quatre mois, dont 11 811 transférées à la conservation foncière. | L’exécutif met en avant l’accélération des procédures foncières. | Le défi reste la transparence, la traçabilité et l’accès réel des citoyens à la propriété. |
| Parcelles aménagées | 4 300 parcelles aménagées, dont 2 500 mises en vente. | Le gouvernement veut faciliter l’accès au foncier à des prix inférieurs au marché. | L’annonce sera jugée sur les critères d’attribution et la disponibilité effective des terrains. |
| Planification | « La finalisation du Plan national de croissance et de développement. » | Le gouvernement affirme disposer d’un cadre stratégique pour orienter les politiques publiques. | L’enjeu est de passer du document de planification à l’exécution concrète. |
| Recensement | « Nous avons déjà pu dénombrer 90 % des maisons qui avaient été numérotées. » | Le recensement général de la population et du logement est présenté comme bien avancé. | Des données fiables doivent permettre de mieux cibler les politiques publiques. |
| Statistiques publiques | « Donner aux plus hautes autorités des informations sur des données statistiques qui leur permettent d’avoir un cadrage informé des politiques publiques. » | Immongault insiste sur la nécessité de gouverner à partir de données fiables. | La planification devient un outil central de rationalisation de l’action publique. |
| Santé | « Nous avions un forum sur l’éthique et la déontologie en milieu médical. » | Le gouvernement met en avant la qualité de l’accueil et l’éthique dans les structures sanitaires. | La santé reste un secteur où la perception des citoyens peut rapidement contredire les bilans officiels. |
| Numérique | « Les actions retenues, c’est qu’on essaie de transformer notre économie, notre administration. C’est un gros chantier. » | Le numérique est présenté comme un levier de transformation de l’État. | La modernisation administrative passe par les lois, la dématérialisation et les plateformes publiques. |
| Réformes numériques | « Entre la loi sur l’archivage électronique, sur les paiements digitaux, sur les start-up (…) énormément de réformes ont été apportées au cours des 100 premiers jours. » | Le gouvernement revendique un paquet de réformes dans le numérique. | Reste à voir si ces textes produiront des services concrets et accessibles aux citoyens. |
« Nous avons structuré nos équipes pour agir comme une véritable task force de la performance publique », affirme-t-il. Cette cellule doit permettre, selon lui, de surveiller l’avancement des projets prioritaires, de relancer les administrations concernées et de réunir les acteurs lorsqu’un dossier bute sur des lenteurs techniques, budgétaires ou institutionnelles. « Nous prenons immédiatement l’initiative de réunir les acteurs concernés pour opérer les arbitrages nécessaires », précise-t-il, en revendiquant une méthode plus active que le simple suivi administratif.
Des priorités sociales toujours sous pression
Mais le vice-président du gouvernement le reconnaît : les attentes restent immenses. Eau, électricité, emploi, routes, santé, logement, cherté de la vie et services publics demeurent au cœur des préoccupations des Gabonais. Les 100 jours ont permis d’identifier des avancées, mais aussi de confirmer que plusieurs secteurs sensibles nécessitent encore du temps, des investissements et une meilleure coordination.
Sur l’énergie, par exemple, Hermann Immongault rappelle que l’exécutif a engagé des mesures, notamment dans la production électrique, l’eau et les infrastructures de base. Mais l’impact attendu par les populations reste déterminant. Le vice-président du gouvernement ne peut l’ignorer : les rapports, tableaux de bord et réunions interministérielles ne vaudront que si les ménages constatent moins de coupures, davantage d’eau au robinet, des routes praticables et des services publics plus réactifs.
Des résultats sectoriels mis en avant
Dans plusieurs domaines, le gouvernement avance néanmoins des chiffres pour soutenir son bilan. Au Logement, l’exécutif revendique 1 394 logements en construction, dont 500 déjà lancés, ainsi que 13 174 décisions de cession établies en quatre mois, dont 11 811 transférées à la conservation foncière. À cela s’ajoutent 4 300 parcelles aménagées, dont 2 500 mises en vente, présentées comme accessibles à des prix inférieurs à ceux du marché.
Dans la Planification, le gouvernement met en avant la finalisation du Plan national de croissance et de développement, le recensement général de la population et du logement, avec 90 % des maisons dénombrées, ainsi que le rebasage des comptes nationaux. Dans la Santé, les actions citées concernent notamment l’éthique et la déontologie en milieu médical, l’amélioration de l’accueil des patients et l’audit du Centre hospitalier universitaire de Libreville. Dans le Numérique, l’exécutif insiste sur les réformes engagées autour de l’archivage électronique, des paiements digitaux, des start-up et de la transformation de l’administration.
La culture du résultat comme mot d’ordre
Le fil conducteur de l’interview reste toutefois la volonté d’installer une culture du résultat. Hermann Immongault insiste sur l’idée que chaque ministre doit être évalué à l’aune de sa feuille de route, de ses engagements et de l’impact réel de son action. Cette exigence vise à répondre à une critique récurrente : celle d’un État qui annonce beaucoup, mais dont les projets se perdent souvent dans les délais, les lourdeurs et les arbitrages interminables.
Le vice-président du gouvernement affirme vouloir rompre avec cette logique. « Nous avons tenu à rompre avec la posture d’un simple compte passif ou a posteriori », explique-t-il. L’évaluation doit donc accompagner l’action en temps réel, détecter les retards, identifier les causes et proposer des corrections. Ce discours pose une ambition claire : faire de la performance publique un réflexe, et non une opération exceptionnelle.
Des délais assumés, mais une impatience populaire réelle
Hermann Immongault demande cependant que certaines réformes soient replacées dans leur temporalité administrative et technique. Selon lui, tout ne peut pas produire des effets immédiats, notamment lorsque les projets touchent aux infrastructures, à la modernisation de l’administration, à la transformation locale ou aux réformes structurelles. « Certaines réformes sont en cours de déploiement et nécessitent des délais administratifs incompressibles », fait-il valoir.
Cet argument peut s’entendre, mais il se heurte à l’impatience sociale. Pour les Gabonais, les 100 jours ne sont pas seulement une séquence institutionnelle ; ils sont une première promesse de changement. Or, dans un pays confronté au chômage, aux délestages, aux difficultés d’accès à l’eau, à la précarité et à la cherté de la vie, l’évaluation gouvernementale sera jugée moins sur la qualité des procédures que sur les changements visibles dans le quotidien.
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